POÈMES et inclassables
Cette fois ci, Drame en plumes, un poème-histoire qui sent encore l'encre... et qui changera peut-être avec le temps...
Et Nuit, qui accompagnait la gravure de Joan Beall dans un livre d'artiste paru en 2011 aux éditions Trouvaille
Drame en plumes
Un cri de douleur d'homme
trois fois
fort
long
profond comme une entaille
vibrant d'os de sang et de chair blessée
- la vôtre en sœur tressaille
oh oh oh
D'où? Qui? Qui a crié ainsi par un beau soir d'été?
Juste à votre joue votre joie votre cœur inquiet?
En alerte vous en cherchez la source en l’air à terre
et c’est là, tout près, tombé presque à vos pieds : un oiseau?
C'est lui -c'est lui qui a crié comme un homme!
Belle taille tourterelle mais loriot sûrement
il gît sur la terrasse en étrange posture
ventre et bréchet plaqués
vertical au parapet
tête tordue bec ouvert
Vit-il encore?
Il étale en cape de plumes princières
la fantasmagorie de ses ailes mordorées
tant de beauté fracassée contre une vitre traîtresse
j'accuse la fausse transparence sa violence létale
Dis tu n'es pas mort?
Nous attendons longtemps et sans bouger un signe un frisson...
Dans la lenteur la lueur affolée de son œil s'est éteint
son bec s'est refermé
il reste là
ornement insolite livré à notre anxieuse contemplation
Mais alors qu'une main tente doucement de t’approcher
tu t'éveilleras dans un sursaut
jailliras comme un foudroiement
une fusée d'or lancée vitesse de la lumière sitôt disparue
On a rêvé?
Comment parler d’un jaune parfait
un seul trait lisse au large pinceau
de son écho vibrant de bonheur au fond de soi
et qu’on voudrait garder bien sûr
libre envolée
dans les deux mains lovées de la mémoire.
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NUIT
Un leporello, trio-accordéon entre l'artiste graveur Joan Beall, l'écrivaine que je suis et feu notre cher éditeur
Félicité méchante griffure
j'oscille jetée jeté de nuit
c'est très pointu sur la cible
sillon soc auto mutilation
marche de locustes géantes en Sussex
jambage puissant de la protestation
non?
du museau au plus près
posé sur le front d'en face
juste une toile de fond
un théâtre une poche liquide
ouverte sur la cible vide
livre vertigineuses
ses bulles de terre brune
sa bure trouée de poumon usé
jusqu'à l'os aérien
cette vapeur sans teneur
envolée
renversée
d'un coup de talon preste
boutant bourdon
Gigue céleste
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Mireille Gealageas en écrivaine